Philippe LAFARGUE, Expert-comptable, à droite, à côté de Philippe DAUDRIE, Commissaire aux comptes, lors de l’AG 2018 de la CAPEB Gironde au Château La Fleur Morange.

Les conseils de Philippe LAFARGUE, expert-comptable, à l’attention des entrepreneurs

Échos judiciaires Girondins 24.04.2020

Philippe LAFARGUE, si vous avez assisté, ne serait-ce qu’une fois, à l’AG de la CAPEB Gironde, vous l’avez obligatoirement rencontré. L’expert-comptable de notre organisation professionnelle était interrogé par les Échos judiciaires Girondins sur la crise sanitaire que nous traversons et son incidence sur nos entreprises. Après l’arrêt ou le ralentissement de l’activité, la période « d’hibernation », la reprise s’annonce la phase la plus délicate du fait de toutes ses inconnues.

Sur l’activité partielle

De la première phase, il ressort que les entrepreneurs n’ont pas toujours bien interprété et utilisé ce levier que constitue l’activité partielle. Nombre d’entre eux ne se pensaient pas concernés et l’ont utilisé tardivement : « Elle s’adresse tout autant aux fermetures intégrales d’entreprises qu’aux réductions d’horaires pour tout ou partie d’un établissement. Elle peut être mise en œuvre en complémentarité avec la mise en place d’actions de formation auprès des salariés, ou encore, en complément du recours aux congés payés acquis », précise t-il, en invitant toutefois à la vigilance lorsqu’il s’agit de l’associer à d’autres solutions telles que le télétravail.

Sur le prêt garanti par l’État

Dans la deuxième phase, « le défi est de surveiller le cash. (…) L’activité est dans une forme de coma, la trésorerie fait office de respirateur ». Pour cela, il convient de limiter les frais. Le président du groupe EXCO Fiduciaire du Sud-Ouest conseille d’utiliser tous les leviers, fonds de solidarité pour les petites entreprises, mais aussi tous les reports d’échéances (crédits, loyer et même factures d’électricité, d’eau… ), et de limiter le prêt de garanti par l’État au juste montant des besoins de l’entreprise. Le but immédiat étant que chacun puisse régler, en responsabilité, ses factures afin de sauvegarder tout l’écosystème auquel il appartient. « Cette action peut néanmoins s’avérer incertaine dans quelques mois si l’entreprise n’a pas la capacité de remboursement suffisante ».

Préparer la reprise

Combien de temps faudra t-il pour sortir de la crise économique qui va suivre ? En attendant, Philippe LAGARGUE conseille aux chefs d’entreprise de « travailler à l’élaboration de scénarios de reprise. On peut par exemple tester des scénarios militant pour une pandémie maîtrisée (masques, tests suffisants, vaccins…) avec un retour à la normale début 2021 par exemple, d’autres scénarios plus pessimistes avec un rebond plus tardif, jusqu’en 2023 selon les activités et bassins économiques ? (…)

Ce travail pourrait se révéler fort utile pour :

  • déterminer en face de chaque scénario, les priorités d’actions à mettre en œuvre ;
  • financer les besoins de trésorerie générés par la phase de reprise économique (financement d’une sous-activité liée à la reprise atone ou financement du besoin en fonds de roulement en phase de relance). »

Le coronavirus bouscule tous nos modèles, et l’économie n’aime pas une réalité qui change d’heure en heure. Notre expert-comptable, à l’instar du président de la CAPEB Gironde, invite les chefs d’entreprise à intégrer toutes les parties prenantes (clients, fournisseurs, collaborateurs) dans un esprit gagnant-gagnant.

A l’attention de tous les chefs d’entreprise, voici les conseils d’expert de Philippe LAFARGUE que nous nous permettons de reproduire dans leur intégralité. Dans le contexte actuel, les Échos Judiciaires voudront bien nous en excuser. Tout ne concerne pas l’artisanat du bâtiment, mais cela peut constituer des pistes de réflexion.

1. Bâtir un plan d’action, se fixer des priorités

Compte tenu des incertitudes qui pèsent sur la phase de reprise (dynamisme de la demande, risques de rupture d’approvisionnement…), il peut être opportun de mettre à profil le temps d’hibernation pour prendre des mesures immédiates dès la reprise d’activité :

  • protéger, rassurer, mobiliser les collaborateurs (écoute, transparence, co-construction des actions…) ;
  • étudier des circuits d’approvisionnements ou de distributions secondaires susceptibles de venir en appui des canaux historiques ;
  • revoir l’organisation du travail et s’assurer que les capacités productives soient optimales en phase de reprise (optimisation du temps de travail, utilisation éventuelle d’une quote-part de congés payés en phase d’hibernation conformément à l’ordonnance 2020-323 du 25/03/2020 ;
  • préserver une capacité d’endettement pour accompagner les besoins financiers en phase de reprise (BFR, sous-activité en cas de reprise atone ;
  • bâtir son plan marketing et commercial : prioriser les clients et actualiser leurs attentes, adapter les offres et les circuits de distribution ;
  • communiquer régulièrement avec ses parties prenantes (salariés, clients, fournisseurs, actionnaires…).

2. Constituer en fonction de la taille de l’entreprise une cellule de crise constituée de profils variés qui observe, participe, aiguille, coordonne (pour les plus petites entités, le recours à des profils extérieurs est encouragé pour soutenir et challenger le/la dirigeant(e)).

3. Adopter quelques « nouveaux » principes et mettre en place les usages de bon sens

  • Viser dans les plans d’action une version évolutive, estampillée « meilleure vision à ce jour ». C’est important pour apprendre et s’adapter dans une situation en mutation rapide ;
  • s’inscrire dans le temps : le tempo est important, séquencer les projets en fonction de leur degré d’importance/d’urgence ;
  • accepter que tout ne se passera pas comme prévu, apprendre à chaque étape (encore plus que d’habitude) ;
  • soutenir ses clients, ses partenaires, son territoire, son système social pour favoriser des relations durables basées sur la bienveillance et la confiance.

Avec la CAPEB

Sur bien des points, cette analyse répond à celle du président Michel DUMON : échanger avec toutes les parties prenantes, bien sûr, d’autant que la position nationale de la CAPEB va dans ce sens, surtout vis-à-vis des compagnons dont nos entreprises ont besoin de la contribution volontaire et solidaire.

« On ne repart pas comme si nous étions le 20 février : ne surtout pas bidouiller les plannings ! Non, on refait les plannings. Pour cela, n’hésitez-pas à interpeller les maîtres d’ouvrage et les architectes. Nous n’avons pas des entreprises de 40 bonhommes, que l’on peut détacher, 2 par-ci, 2 par là ! », dit-il. Il est clair que dans le cas où les choses se passeraient mal, nos entreprises auraient encore plus à y perdre.

Votre CAPEB reste l’interlocuteur « métier » privilégié des artisans du bâtiment et de leur expert-comptable. Elle aussi a bien conscience qu’elle doit se renouveler. En Gironde, sous l’impulsion de notre président, nous n’avons pas attendu la crise pour établir notre propre méthode d’accompagnement de synthèse. Nous devons accepter, comme le dit très justement Philippe LAFARGUE, de réfléchir à plusieurs points de vue afin d’aider les chefs d’entreprise à découvrir, eux-mêmes, le meilleur itinéraire pour leur entreprise.

Plus forts, ensemble !

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